PANAFRICANISME : Nkrumah déclenche l’ouragan africain

*Nkrumah déclenche l’ouragan africain*

Le projet d’unir l’Afrique a valu à Nkrumah d’être accusé de mégalomanie par ses détrac­teurs. Pourtant, l’homme est issu d’un milieu modeste dans une Gold Coast où, dès les années 1900, une petite bourgeoisie libérale anime le dé­bat politique. Après une première carrière dans l’enseignement, Nkrumah, qui anime déjà des clubs de réflexion politique, décide en 1935 de partir étudier aux États-Unis. Dans son Autobio­graphie,Nkrumah note que « ces années passées en Amérique et en Angleterre ont été des années tristes et* *solitaires, des années de misère et de rude labeur. »Enchaînant les* *diplômes et les petits jobs entre Philadelphie et New York, Nkrumah est nommé en 1943 à un poste d’assistant en histoire afro-américaine. Menant des recherches sur la communauté noire, il parcourt de nombreux ouvrages d’histoire et de sciences politiques tout en fréquentant les différents milieux démo­crates* *républicains, libéraux, socialistes et mar­xistes. Lorsqu’il quitte les États-Unis pour l’Angleterre en 1945, il laisse en héritage l’Asso­ciation des étudiants africains des États-Unis et du Canada (ASAAC)

Introduit dans les milieux militants africains et caribéens par George Padmore, son futur conseiller aux affaires africaines, Nkrumah orga­nise le congrès panafricain de Manchester en octobre 1945. Sur la forme, ce congrès – le cin­quième de l’histoire panafricaine – est marqué par la présence d’une nouvelle génération de leaders africains, majoritaires dans un mouve­ment qui était jusqu’à présent porté par la dia­spora. Sur le fond, les textes sont beaucoup plus revendicatifs, matures et circonstanciés.
L’appel à l’autodétermination précise les objectifsindépendantistes et nationalistes, selon des stratégies allant de la négociation à la lutte armée en passant par la mobilisation des mou­vements sociaux. Alors que le nouveau système international et onusien se met en place, Nkrumahsuit avec intérêt la situation en Asie, où Sukarno (Indonésie), Nehru (Inde) et Hô Chi Minh (Viêt-Nam) engagent leur pays respectif vers l’indé­pendance, tandis que la Chine de Mao lance sa révolution.

Lorsqu’il revient à Accra en janvier 1948 pour reprendre le parti conservateur de la Convention de la Gold Coast Unie (UGCC), Nkrumah, prend exemple sur l’Inde et lance une campagne de boycott et de désobéissance civile qui effraye les autorités et la bourgeoisie locale. C’est depuis la prison, étape classique du parcours de nom­breux nationalistes africains, qu’il remporte les élections de 1951 avec son nouveau mouvement, le Parti de la convention du peuple (CPP). À ce moment, les travailleurs, les femmes, les jeunes, les enseignants, les paysans, tous sont derrière le nouveau chef du gouvernement. Passant du discours de l’indépendance immédiate à celui de la transition nécessaire, Nkrumah pointe l’exem­ple de la Guyana où les Britanniques utilisent la menace de la « contagion communiste » pour annuler des élections remportées par un parti marxiste et indépendantiste.

Source : UNISSONS NOUS POUR UNE AFRIQUE  MEILLEURE ET  PROSPÈRE