Au Zimbabwe, les émeutes du désespoir

Manifestation dans les rues de Harare, la capitale du Zimbabwe, le 14 janvier 2019.

En un an, les conditions de vie se sont dégradées. Et au lendemain d’une grève générale de trois jours, le pays s’enfonce dans la crise.

Magasins pillés, blessés, morts, armée déployée dans les quartiers et, toujours, une économie sur le point de suffoquer faute de dollars : au lendemain d’une grève générale de trois jours, le Zimbabwe contemple, vendredi 18 janvier, les décombres de ses espoirs. Depuis la chute de Robert Mugabe, en novembre 2017, le pays avait eu des raisons de croire au changement, au renouveau promis par le nouveau chef de l’Etat, Emmerson Mnangagwa.En un peu plus de douze mois, les conditions de vie se sont dégradées. L’essence a commencé à manquer ; les rares entreprises encore en activité ont progressivement fermé. En décembre 2018, l’inflation s’établissait à 42 %. Même la bière devenait plus difficile à trouver. L’annonce que le Zimbabwe allait, pour se tirer d’affaire, remettre en circulation une monnaie nationale n’a trompé personne. Au mieux, le pays pourrait adopter le rand sud-africain ; au pire, retourner au dollar zimbabwéen, ce qui l’exposerait à la tentation irrépressible d’imprimer massivement des billets, relançant le phénomène d’hyperinflation de 2008-2009 qui avait conduit à l’abandon de cette monnaie exprimée en centaines de milliers de milliards sans la moindre valeur, sur la fin.

Les carburants les plus chers au monde

Mais le coup de grâce est venu lorsque le président, Emmerson Mnangagwa, a annoncé dimanche 13 janvier une augmentation du prix de l’essence (diesel passant de 1,36 à 3,11 dollars/litre, super passant de 1,24 à 3,31 dollars/litre). Ces prix, déjà les plus élevés au monde, ne tiennent pas compte d’un autre facteur : ils sont exprimés en dollars « réels », c’est-à-dire payés en coupures physiques de la monnaie américaine.

Or, les Zimbabwéens n’en possèdent pratiquement plus et n’ont pour accomplir leurs transactions que des « bond notes » (sortes de bons du Trésor) ou de l’argent électronique. Leurs dollars ne sont pas des dollars, mais des représentations qui valent actuellement trois à quatre fois moins que les billets verts. Et pourraient encore se dévaluer. A ce stade, il faut imaginer qu’un litre d’essence se vend en réalité – même si cela est interdit – à plus de douze dollars (plus de dix euros).

Cette augmentation a eu lieu alors que les pénuries avaient déjà rendu la vie impossible et déclenché un grand mouvement de protestation dans la rue. Le taux de chômage se situe à 90 %, les importations chutent, faute de devises. Elever ainsi le prix du carburant signifie que la plupart des Zimbabwéens ne peuvent presque plus se déplacer, faute de pouvoir payer les trajets en « kombis » (taxis collectifs) ou faire le plein de leur véhicule. Les voitures, pour ceux qui en possèdent, ont fréquemment été transformées en boutiques itinérantes, vendant dans le coffre des habits, des petites choses bon marché, ou des plats cuisinés à la maison et vendus à l’assiette le long des routes. Ils n’auront désormais plus cette possibilité.