En Côte d’Ivoire, les divisions politiques inquiètent

La coalition formée pour chasser Gbagbo a explosé face aux ambitions de ses leaders pour l’élection présidentielle de 2020.

Depuis les salons climatisés de l’hôtel Ivoire, la vue sur la lagune permet d’imaginer toutes les opportunités d’affaires. Dans ce palace se croise l’Abidjan qui compte, un microcosme de cadres du pouvoir, d’entrepreneurs, d’entremetteurs et de diplomates. Si un observateur averti relève « une forte dégradation de la gouvernance depuis le début du second mandat d’Alassane Ouattara » en 2015, la capitale économique ivoirienne continue de sentir le béton frais et les projets commerciaux.

Les immeubles de standing, les restaurants chics, les échangeurs routiers ne cessent de fleurir. Dans la baie de Cocody, commune huppée de la métropole, le Maroc, de par la volonté du roi Mohammed VI, grand amateur des lieux, poursuit les travaux de construction d’une marina censée attirer yachts et touristes.

A quelques centaines de mètres de là, dans le quartier populaire de Blokosso, deux pêcheurs enchaînent des prises qui n’ont rien de miraculeux : des amas de sacs plastique et toutes sortes de déchets pendent au bout de leur ligne. La Côte d’Ivoire du futur permet tous les rêves, mais celle vécue au présent par ses habitants est loin du discours officiel autour des prévisions de croissance de l’ordre de 7 % pour les années à venir.

Le président Ouattara aime rappeler les succès macroéconomiques obtenus depuis son accession au pouvoir en 2011 – « J’ai un bilan qui est inattaquable », s’est-il félicité le 11 février sur Radio France internationale. Mais aujourd’hui, les tensions politiques ressurgissent et, avec elles, un flot d’incertitudes et d’inquiétudes dans la perspective de la présidentielle prévue fin octobre 2020.

Incertitudes autour de Laurent Gbagbo

En un mois, tout s’est accéléré, et la narration semble s’être inversée au détriment du pouvoir en place. Le 15 janvier, après plus de sept ans de détention, Laurent Gbagbo a été acquitté en première instance, par la Cour pénale internationale, des accusations de crimes contre l’humanité commis durant la crise postélectorale de 2010-2011.

Depuis, l’ancien chef de l’Etat, placé en liberté conditionnelle, s’est installé en Belgique dans l’attente d’un éventuel procès en appel. Et si son avenir juridique reste flou, sa sortie de prison a galvanisé ses partisans, qui n’ont jamais cessé d’espérer son retour. Elle a aussi renforcé sa popularité auprès de nombreux Ivoiriens dont le niveau de vie n’a pas épousé les courbes de la croissance et dont la frustration est renforcée par le sentiment que tous les postes stratégiques échoient à des personnalités originaires du nord du pays.