COTE D’IVOIRE : Orpaillage – la ruée vers l’or, au détriment de l’environnement et de la population 

Orpaillage : Ruée vers l’or, au détriment de l’environnement et de la population ?

Pas un jour ne passe sans qu’un nouvel élément viennent alimenter les journaux et la communauté nationale, voire internationale sur le problème des orpailleurs clandestins en Côte d’Ivoire (Conflit intercommunautaire, mort d’hommes, Création de brigade spécialisé…).

Fort est de constater, la position adoptée actuellement par les personnalités politiques ivoiriennes, aussi bien du côté du pouvoir en place (RHDP) que de l’opposition suite aux récents évènements marqués par les propos controversés du Président HKB du PDCI-RDA et les pertes en vies humaines à la suite d’affrontements intercommunautaires ayant fait plusieurs morts. 

Chacun y va à cœur joie, défendant les raisons de leur prise de position face à cet évènement majeur qui dérange plus d’un.

Pourquoi ce soudain intérêt autour de ce fléau qui ne date pas d’aujourd’hui ? 

Certaines zones de la Cote d’ivoire, sont fortement touchées par l’orpaillage illégal. Bien que représentant un moyen efficace de lutte contre la pauvreté.

La réalité, c’est que l’orpaillage clandestin, qui n’est pas un phénomène nouveau, c’est rependu dans tout le pays ces dernières années et touche pratiquement toutes les zones de production aurifère de notre pays, de Boundiali à Toumodi en passant par Bocanda, Dimbokro et Korhogo. 

À ce sujet, dans une récente contribution, Gnamien Yao, cadre du PDCI et ex ministre des mines explique et je cite que « c’est en 1984 que la Côte d’Ivoire formalise la libéralisation de l’exploitation artisanale de diamant et d’or sur toute l’étendue du territoire national afin de permettre aux populations ivoiriennes qui n’avaient pas forcément l’expertise minière de trouver une alternative au chômage galopant, consécutif à l’abandon des plantations de café et de cacao, suite à la mévente des produits agricoles »

Cependant, il ne faut pas négliger, l’héritage de la guerre civile, qui a été imposée à la Côte d’Ivoire et qui représente l’une des raisons qui continuent d’assombrir la gouvernance de son secteur de l’or. Plusieurs anciens commandants de zone des Forces nouvelles (des forces rebelles) profitent, selon cette étude réalisée par Alan Martin et Hélène Helbig de Balza (L’Eldorado ouest-africain paru en 2017), de la contrebande et prélèvent des taxes illégales auprès des intermédiaires dans le secteur artisanal de l’or. A ce sujet, il faudrait ajouter le nombre incontestable de non-ivoirien parmi les orpailleurs qui est source de tension sociale allant même à des affrontements qui conduisent le plus souvent à des morts d’hommes comme se fut le cas au centre-ouest, département de Bouaflé, un affrontement sanglant en juillet dernier entre orpailleurs artisanaux allogènes et autochtones à Angovia avait fait trois morts (RTI).

En outre, l’activité d’exploitation artisanale clandestine de l’or est une activité très lucrative dans laquelle de nombreux acteurs, intervenant à des niveaux divers et avec des rôles précis, trouvent leur compte au plan financier. 

La présence des personnes censées lutter contre l’orpaillage clandestin, dans la filière d’exploitation artisanale de l’or, constitue certainement un facteur explicatif de la persistance de cette activité dite illégale. Les autres causes du développement de l’exploitation clandestine de l’or sont la mévente des produits agricoles traditionnels (cacao et café) et l’ignorance des impacts négatifs à moyen et long terme de l’orpaillage sur le milieu biophysique et humain par la plupart des acteurs impliqués dans la filière.

En 2018 toujours sous l’autorité du gouvernement actuel, pour ne citer que cet exemple, face à l’inertie des autorités, Luiz Corera, Directeur Général de la mine de Tongon, propriété de Randgold Ressources, a saisi, depuis le 3 février 2018, Me Kéita Bakari, Huissier de Justice près le Tribunal de première instance de Korhogo, pour constater l’occupation illégale de 70 à 80% du permis d’exploitation de Niéllé par des orpailleurs clandestins.

Impacts 

Au-delà de toute considération politique, loin est de constater que l’orpaillage comporte de nombreuses conséquences nuisibles à l’homme et à l’environnement.

Cependant, cette activité qui dénombre dans le pays au moins 241 sites clandestins, pour une population d’orpailleurs évaluée à 23 400 individus. (Selon certaines estimations), a d’énormes conséquences nuisibles à l’homme et à l’environnement, avec des germes de déstabilisation sociale

Outre l’insécurité à laquelle sont exposés les orpailleurs eux-mêmes (maladies, éboulements…),  les sites miniers sont un concentré de divers maux tels que la déscolarisation et le travail des enfants, l’utilisation de produits chimiques (mercure, cyanure, acides…), la prolifération de la prostitution, la consommation d’alcools frelatés et de stupéfiants, la perte de terres cultivables, l’émergence de tensions sociales, la destruction de certaines cultures spécifiques aux régions et/ou arbres fruitiers propres à certaines zones.

De plus, l’orpaillage illégal entraîne une déforestation massive et le développement de trafics de drogues, d’armes (cache d’armes) et de personnes, mettant en danger la population locale.… 

Une politique d’organisation pratique de l’orpaillage s’impose ! 

Une prolifération est aussi à redouter, pour les mois et années à venir si l’on y prend garde vers d’autres régions déjà ciblées. Aujourd’hui, les zones aurifères étant surchargées et sources de beaucoup de conflits, l’heure est plutôt à la prospection de nouveaux sites aussi bien du côté des orpailleurs légalement constitués ou non et des sociétés ayant le droit d’exploitation.

Il est plus que nécessaire et primordial de sensibiliser l’ensemble de la population contre les effets néfastes de ce fléau. Le détournement des consciences en milieu rural est d’autant plus facile si on met en avant les profits et gains résultant d’une telle activité, que l’impacts négatifs sur l’environnement et le social. 

Il est impératif que le gouvernement revoie sa politique de gouvernance des ressources minières en côte d’ivoire en prenant en compte toutes les couches sociales et intégrer tous les aspects sur les questions de développement, de contenu local et d’impacts environnemental et social dans les activités minières…

Samantha Desmond Correspondant spécial ivoire114.