COTE D’IVOIRE – PRÉSIDENTIEL  2020 : Mainmise du camp Présidentiel sur la CEI

ALASSANE OUATTARA Président de la Côte d’ivoire

Pour le président de l’APDH, Abraham Denis Yaurobat « La CEI est un organe central du processus électoral. Or si elle n’a pas l’adhésion de tous les acteurs politiques, on peut être inquiet pour la suite des événements ».

 Longtemps rebelle à tous changements de la Commission Électorale Indépendante, les autorités ivoiriennes,  à leur tête le président Ouattara, se sont finalement résolues à engager le dialogue avec les acteurs politiques suite à une plainte déposée par l’association Action pour la promotion des droits de l’homme (APDH). Cette association avait attesté que la composition de la CEI « viole le droit à l’égalité de tous devant la loi, ainsi que le droit d’avoir un organe électoral national indépendant et impartial, chargé de la gestion des élections, prévus par les articles 10 (3) et 17 (1) de la Charte africaine sur les élections ». La CADHP avait ainsi « ordonné » à l’État de Côte d’Ivoire de rendre conforme sa loi électorale aux instruments internationaux, dont la Charte africaine sur les élections.

Malgré cela, aussitôt le début des discutions annoncées, le 21 janvier dernier, certains partis politique, comme le souligne le secrétaire général du FPI de laurent Gbagbo, se sont vus refuser l’accès sans aucune forme de procédures prétextant que le FPI reconnu par le gouvernement était celui de AFFI N’Guessan. Cela va être soutenu par notre confrère jeune Afrique « Le gouvernement en a décidé autrement. De plus, plusieurs participants aux discussions ont déploré le format de celles-ci et un climat ne favorisant pas le dialogue. Certains membres de la société civile se sont même plaints d’avoir été intimidés ».

Une étrange contradiction : Pourquoi aujourd’hui encore cette CEI fait autant de polémique

Dans un passé proche (crise électorale 2010-2011), l’on se souvient de ce qui s’est produit, avant que le Président Laurent Gbagbo ne concède la « tête » de la CEI au RHDP, après plusieurs pressions extérieures y compris de celle de l’UA. 

Pourquoi aujourd’hui, le pouvoir en place n’en fait il pas autant ? Pourquoi ne donne-t-il pas la présidence à l’opposition comme ce fut le cas en 2010 ? Pourquoi aujourd’hui encore cette CEI fait autant de polémique alors que, si nous nous basons sur les faits passés, ceux-là même qui étaient opposé à une composition de la CEI en faveur du gouvernement au pouvoir sont aujourd’hui retissant ?

Il est clair qu’aux yeux de ces personnes qui, hier ont soutenu mordicus et accusant à tort et à travers le pouvoir de Laurent Gbagbo, d’avoir fait main basse sur la CEI d’alors, sont aujourd’hui maitre de l’hypocrisie dans la composition de la CEI.

Au regard de tout ceci, l’on est amené à croire que la CEI reste et demeure, pour les autorités ivoiriennes, la machine de guerre électorale, la plus puissante du processus électoral. Cette arme qu’il faut à tout prix avoir vaille que vaille pour aller à la bataille finale. 

Tout porte à croire que l’élection présidentielles se gagne déjà dès la proclamation des résultats par la CEI. Cruellement, c’est ce qui s’est passé en 2010, et comme il est de coutume de le dire, on ne change pas son fusil d’épaule du moment ou cela nous est favorable. Ce qui nous ramène à la question épineuse, la CEI est-elle au-dessus des autres institutions de la république qui concourent au processus électoral. Ce qui semble apparent, pour le pouvoir en place, est que la logique de 2010 soit une fois de plus instituée.

Le RDR pense-t-il pourvoir réussir à réitérer le coup de 2010 ? 

Le camp du pouvoir actuel, affirme son attachement à cette recomposition, prétextant qu’elle respecte la recommandation de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). 

« Désormais, l’État et le parti au pouvoir représentent un tiers contre deux tiers pour les organisations de la société civile et les partis d’opposition », a estimé le porte-parole du gouvernement à Jeune Afrique. 

Ce qui n’est pas de l’avis de l’ensemble des acteurs politique ivoiriens aussi bien du coté de l’opposition, de la société civile et des organismes de droit de l’homme. Au regard des récentes contestations de l’ensemble des acteurs à cette réforme, et sachant bien qu’une bonne élection apaisée passe par une réforme consensuelle de la CEI, les autorités ivoiriennes restent nonobstant sourds et se renferment sur leur position. 

En conséquence, Abraham Denis Yaurobat, du Groupe de plaidoyer et d’action pour une transparence électorale (GPATE) exprime son inquiétude face à cette recomposition de la CEI qui ne fait pas l’unanimité, « Nous marquons notre réserve. Cette recomposition ne respecte pas l’esprit et la lettre de l’avis de la Cour. Comment peut-on avoir une commission indépendante alors qu’il y a des représentants du chef de l’État et du ministère de l’Intérieur ? » dans le même interview accordé à Jeune Afrique, 

Subséquemment, l’UA africaine à travers son président de la Commission de l’Union africaine apporte son soutien à la nouvelle commission électorale ivoirienne, « se félicitant » de la prise en compte des recommandations de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples dans la nouvelle mouture de la Commission électorale ivoirienne (CEI).

Est-ce fait à dessein ?

Comprenons bien la logique du pouvoir en place. Comme à son habitude, ce pouvoir attend toujours de la communauté internationale qui l’a jadis soutenu. Des prétendus soutiens qui viendrons légitimer comme en 2010, ses actions. Et c’est ce que vient, malencontreusement de lui donner encore une fois l’UA à travers la note de Moussa Faki Mahamat.  Même s’il s’est rétracté au dernier moment, estimant que ses paroles ont été un temps soit peu utilisé à d’autres fins dans la presse, il n’en reste pas moins que le mal est déjà fait et l’effet escompté atteint. Cette manière de faire qui a plongé la cote d’ivoire dans le chaos, foulant au pied les institutions souveraines. Ce mal qui a conduit à endeuiller toute un peuple et assombrir le paysage politique ivoirien resurgis une fois de plus.

Nous comprenons maintenant et naturellement, la raison pour laquelle le pouvoir en place maintient et dit avoir tout bouclé pour l’élection présidentielle de 2020 prochaine.

Cependant, le camp Ouattara doit savoir que l’ensemble des ivoiriens, qu’ils soient de gauche ou de droite, sont tous sans exception, à la recherche d’une paix durable. Ils veulent aller à une élection libre et transparente, ce qui, malheureusement va de pair avec la recomposition de la CEI. Cette CEI que tous les ivoiriens veulent neutre, inclusive et impartiale. C’est la seule voie capable de consolider l’Etat de Droit, renforcer notre démocratie et garantir une élection apaisée en 2020.

Nous y reviendrons…

Samantha A Desmonde Correspondant ivoire114