SOMMET RUSSIE-AFRIQUE : LE PROCES DE LA FRANCE-AFRIQUE?

Le sommet Russie-Afrique tenu les 23 et 24 octobre 2019 à Sotchi en URSS s’est achevé. Les africains ont rejoint leur continent avec le sentiment d’avoir fait une belle affaire.

En marge de cette rencontre entre le président Russe Vladimir Poutine et des chefs d’état africains, s’étaient aussi réunis des partis politiques africains, des ONG, des mouvements révolutionnaires africains…
Ceux-ci ont utilisé cette noble tribune pour dénoncer le mal de l’Afrique. Pour les intervenants, la pauvreté du continent découle de la prédation des pays occidentaux capitalistes. Le constat est clair. Les pays de la zone francophone sont brandis comme les plus sous-développés car maintenus dans une forte dépendance économique et politique par la France.

Pour les Leaders révolutionnaires africains, Sotchi a été la tribune rêvée pour faire le procès de la coopération de la France avec ses « ex colonies »

Ivoire114lafriquenouvelle.info vous propose l’intégralité de l’intervention de la représentante du parti politique de l’opposition ivoirienne LIDER, Mme Nathalie YAMB.

Le président de LIDER le professeur Mamdou COULIBALY et Nathalie YAMB

Agréable lecture. 

 

«Je souhaite, en premier lieu, remercier les autorités russes et la ‘Team Afrique’, pour m’avoir permis de venir exprimer mon point de vue, celui de mon parti et celui du Pr. Mamadou Koulibaly, candidat à l’élection présidentielle de 2020 en Côte d’Ivoire, sur la souveraineté, sur les valeurs africaines, sur les urgences de développement en Afrique et le rôle que la Russie peut y jouer.

Parler d’identité africaine est une chose aisée, car l’identité et les valeurs des africains ne sont pas différentes de celles du reste de l’humanité. Nous avons les mêmes sentiments de solidarité, de compassion et les mêmes aspirations à la liberté, à la dignité, à la justice et à la propriété. Pourtant, force est de constater que, après l’esclavage, après la colonisation, après les pseudo-indépendances, on ne nous a reconnu que le droit d’être libre mais seulement au sein de l’enclos français.

L’Afrique francophone est un corps aujourd’hui, en octobre 2019, sous le contrôle de la France. Cela remonte à 1884, lorsque les puissances coloniales se sont réunies à Berlin pour se partager l’Afrique sans que les africains aient leur mot à dire. L’Allemagne, l’Angleterre, le Portugal, l’Espagne ont compris depuis lors qu’il fallait sortir du schéma de la Conférence de Berlin et redéfinir les contours d’une nouvelle coopération avec les pays africains. Pas la France, qui avance sans bouger, en portant des masques et qui considère toujours le continent africain comme sa propriété.

Les peuples d’Afrique et particulièrement la jeunesse revendiquent pourtant avec de plus en plus de vigueur leur besoin de démocratie, leur droit à l’autodétermination. Le droit de décider avec qui ils veulent commercer, avec quoi ils veulent payer ce commerce sans qu’on les place sous la tutelle d’une ex-puissance coloniale qui se présente toujours sur la scène mondiale comme notre porte-parole et notre avocat.

Nous voulons sortir du Franc CFA, que Paris, avec la complicité de ses laquais africains, veut pérenniser sous l’appellation ‘ECO’ et qui ne permet aucune industrialisation de l’Afrique francophone. La conquête de notre souveraineté monétaire est capitale, car la seule stabilité que le Franc CFA garantit aux pays qui l’utilisent sont : la mauvaise gouvernance, la pauvreté et la corruption.

Nous voulons le démantèlement des bases militaires françaises, qui sous le couvert d’Accords de défense bidons ne servent qu’à permettre le pillage de nos ressources, l’entretien de rebellions, l’entrainement de terroristes et le maintien de dictateurs à la tête de nos Etats.

Nous refusons que la France continue d’usurper la voix de l’Afrique à l’ONU ; qu’elle soit à la base de quasiment toutes les résolutions concernant le continent. Les pays d’Asie ont appris à commercer avec les investissements directs étrangers ; alors que nous, on nous saoule avec l’aide publique au développement. Résultat, aujourd’hui, eux, ils sont BRICS et Emergents, et nous, nous sommes des mendiants qui sommes très fiers d’être des pays pauvres très endettés (PPTE).

Cela doit changer ; cela va changer, et la Russie à un rôle à jouer dans cette évolution. Mais, nous ne venons pas en Russie pour y chercher de nouveaux maîtres qu’on substituera aux anciens. Nous y venons pour trouver des partenaires pour faire du business gagnant-gagnant, pour la Russie comme pour les pays africains concernés.

L’Afrique regorge de potentialités, mes prédécesseurs l’ont déjà dit. Il y a une population qui grandit dont 60% a moins de 30 ans, une position géostratégique, d’immenses ressources minières, naturelles, agricoles et surtout humaines.

Sur le plan militaire, la présence de la Russie qui n’a pas de tradition coloniale peut permettre de rééquilibrer les choses dans les pays francophones, et je crois que l’exemple centrafricain, dont Mme la ministre de la défense pourrait mieux nous entretenir, est l’un des plus parlants.
En Côte d’Ivoire, nous avons, par exemple, un énorme besoin de formation militaire et de restructuration de l’Armée.

Sur le plan économique, la promesse de Sotchi doit être celle de la rupture avec le huis-clos actuel appauvrissant où la France semble avoir verrouillé les domaines de l’eau, de l’électricité, des routes, des ponts, des ports par des monopoles protégés par les gouvernements respectifs ou par des passations de gré à gré sans appels d’offres, pour que nous puissions enfin nous diriger vers une ouverture de l’économie à tous, notamment aux industries et entreprises russes dans les secteurs agricoles, miniers, énergétiques, de la transformation industrielle, de l’éducation, de la formation, il y en a plein.

Le littoral ivoirien qui alterne les lagunes, les fleuves et la mer est long de 570 Km et regorge d’un potentiel encore inexploité ou sous-exploité dans le transport maritime et lagunaire, dans le désensablement des embouchures de fleuves qui peuvent devenir navigables, dans l’hôtellerie, le tourisme, l’habitat de luxe, le transport lagunaire entre les villes du littoral, compte tenu de l’état désastreux de nos routes.

Enfin, sur le plan politique et diplomatique, le monde et la Russie doivent cesser de nous voir à travers les lunettes déformantes du story-telling méprisant, mensonger et négationniste de la France qui nous assujettit.
L’Afrique n’a pas besoin de tuteurs à l’ONU ; l’Afrique n’a pas non plus besoin de nouveaux propriétaires, mais la Russie y a sa place comme un partenaire dans une logique de Commonwealth, d’enrichissement partagé, de collaboration vivifiante et innovante entre les secteurs privés respectifs.

Le monde bouge, les lignes évoluent. L’année prochaine, 2020, est celle d’élections présidentielles au Togo, au Burkina Faso, Niger, en Centrafrique, en Guinée et en Côte d’Ivoire, pour ne parler que de l’Afrique Francophone.
Espérons que celles-ci verront l’arrivée au pouvoir de dirigeants réellement choisis par les peuples qui privilégieront enfin l’ouverture sur le monde et d’innovantes opportunités d’affaires, à l’asservissement bête et stupide aux colons d’hier et d’aujourd’hui.

Je vous remercie».

Nathalie Yamb