Covid-19 : YouTube veut censurer les prescriptions contraire de l’OMS mais à quelle fin ?

 

Dans une interview accordée à la chaîne CNN, la PDG de YouTube (1), Susan Wojcicki a déclaré fin avril que devant la croissance considérable du trafic engendré par la crise à Covid-19, la plateforme fait évoluer sa politique (modestement appelée « Règlement de la communauté ») et retirera désormais tout contenu en contradiction avec les prises de position de l’OMS, afin de « combattre la désinformation au sujet de la pandémie de Covid-19 ».

 

Selon la PDG Wojcicki, elle avoue accorder une plus grande crédibilité en l’OMS. En effet, elle considère l’OMS comme une source d’information ayant pouvoir d’autorité, « ces modifications visent en particulier les informations qui ne sont pas médicalement prouvées ». Elle évoque même des exemples, entre autres :

l’incitation à prendre de la vitamine C ou du curcuma pour guérir du coronavirus, 
ou encore la théorie selon laquelle la 5G causerait les symptômes du coronavirus. 
Dans son intervention, la PDG de la filiale de Google affirme que « tout ce qui irait à l’encontre des recommandations de l’OMS constituerait une violation de notre politique ». Dans le suivi de cette accommodation du règlement régissant sa communauté, elle stipule que « YouTube a d’ores et déjà supprimé de nombreux contenus mettant en avant des positions “alternatives” » par rapport aux standards de la médecine académique.

Une prise de position fort critiquée

Aussi, force est de constater que cette décision intervient dans un contexte d’appréhension grandissante vis-à-vis de l’OMS. Cette appréhension à l’échelle mondial ou cette organisation, déjà pris en partie depuis un long moment pour ses conflits d’intérêt, son mode de financement et l’influence des groupes de pression en son sein (3). 

La firme a dû faire face à de nouveaux tirs groupés ces dernières semaines. Certains pays, comme les États-Unis, lui reprochent une gestion défaillante de la crise du coronavirus et de faire preuve d’une complaisance suspecte envers la Chine, l’un de ses plus gros financeurs (2). Le président américain Donald Trump a d’ailleurs suspendu la contribution étasunienne à l’OMS.

Cette appréhension a encore pris de l’ampleur en France, depuis, avec le dépôt d’une résolution visant à créer un tribunal sanitaire international (4) pour juger la Chine, ce qui pourrait éclabousser l’OMS : « Il y a beaucoup de questions liées à l’attitude d’un grand nombre de bureaucrates dans le monde. » s’insurge le vice-président délégué de LR.

La question que se pose le député est essentielle, pour quelles raisons les autorités chinoises ont censuré des lanceurs d’alertes et minimisé les dangers du coronavirus et aussi pourquoi l’OMS n’a jamais transmis les informations aux autres États, alors qu’elles étaient connues entre septembre et Décembre 2019

Sans compter la réaction, le 28 avril dernier, de l’ONG Reporters sans frontières appelant l’OMS à mettre fin à l’exclusion des journalistes taiwanais (5), une pratique qu’elle juge contraire au droit universel à l’information et s’expliquant par les pressions politiques chinoises.

Notons par ailleurs que depuis l’année dernière, plusieurs études et avis classent YouTube comme étant l’une des plateformes de médias sociaux les plus critiquées au monde pour sa tolérance à tout type de contenus, même les plus bouleversants ou les plus critiqués. Mais selon les propos de son PDG, Susan Wojcicki en ce moment, l’état de la plateforme n’est pas près de changer. Dans une lettre qu’elle a adressée aux créateurs de contenus, elle a affirmé que « si YouTube doit rester une plateforme ouverte, elle doit accepter les vidéos controversées, voire offensantes ».

Cependant, fort a été de constater qu’aujourd’hui, bon nombre d’internautes sont muselés suite à cette prise de décision controversé. Comment explique-t-elle cela ?

Samanta A. Desmonde

Source:

(1) (VIDEO) CNN, 24 avril 2020

(2) (VIDEO), documentaire diffusé sur Arte le 4 avril 2017

(3)  (VIDEO)| FACTU #32 du Figaro, 17 avril 2020

(4)”Le Parisien, 25 avril 2020.

(5) “Coronavirus : RSF appelle l’Organisation mondiale de la santé à cesser d’exclure les journalistes taïwanais”, 28 avril 2020 et  “Le torchon brûle entre Taïwan et l’OMS”, Le Temps, 14 avril 2020