La fièvre de l’or gagne la Côte d’Ivoire

Avec près de 5% du PIB, l’or est devenu une ressource minière importante pour la Côte d’Ivoire. Les mines d’or légales affichent de belles perspectives alors que dans le même temps le gouvernement intervient contre les orpailleurs illégaux et les mines interdites.

ENQUÊTE/ L’orpaillage illégal a pris une ampleur considérable dans ce pays d’Afrique de l’Ouest et engendre bouleversements environnementaux et tensions communautaires.

Soudain, au milieu d’une clairière se découvre un trou où plongent des êtres animés par des rêves de fortune. Une fosse de terre brune et de rocailles d’une cinquantaine de mètres de diamètre, qui aimante des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants portés par l’espoir d’y découvrir le filon, la pépite susceptible de changer leur destin. Armés d’une pioche ou d’une pelle, certains creusent en surface, dégoulinant de sueur. D’autres s’enfoncent au péril de leur vie dans des galeries souterraines. Selon la légende, l’or est une matière vivante qui, pour s’offrir aux audacieux, exige certains sacrifices.

En sortant de la ville d’Oumé (50 000 habitants), au centre de la Côte d’Ivoire, il suffit de faire quelques kilomètres de voiture puis une demi-heure de marche à travers une forêt copieusement tronçonnée pour tomber sur cette mine d’or clandestine.

Ce lieu sans nom a des allures de tour de Babel inversée. Dans les entrailles de la terre s’engouffrent des migrants venus du Ghana, de Guinée, mais surtout du Mali et plus encore du Burkina Faso. Les deux voisins septentrionaux de la Côte d’Ivoire possèdent la plus longue expérience et les réseaux les plus performants dans le secteur aurifère.

La Ruée vers l’or.

Ce n’est pas tout à fait la ruée vers l’or, mais les événements qui agitent certaines régions de la Côte d’Ivoire sont dignes du Far West. Accidents, rixes entre orpailleurs illégaux, locaux et étrangers, emprisonnements… L’or ivoirien attire les investisseurs et attise les passions. Pour éviter que la situation ne dégénère, la Côte d’Ivoire a décidé de marquer les esprits: des chercheurs d’or illégaux viennent d’être condamnés à de la prison ferme et 62 orpailleurs ont été arrêtés ces derniers mois dont 47 pour le seul mois d’octobre au nord-est du pays, dans le parc de la Comoé placé en 2003 sur la liste du patrimoine en péril de l’Unesco en raison des événements qui ont touché le pays dans les années 2000. L’absence d’autorité dans la région avait renforcé le braconnage.

Les investissements importants en provenance d’Afrique ou d’Australie ou les placements très médiatiques du footballeur Didier Drogba, ont jeté un halo de lumière sur l’exploitation industrielle ou artisanale du précieux minerai. L’inauguration cette année d’une quatrième mine officielle est censée faire passer la production de la Côte d’Ivoire de 13 à 16 tonnes par an. C’est un peu moins de 5% du PIB du pays note un expert. C’est important mais pas encore déterminant pour la Côte d’Ivoire qui tire 15% de son PIB du cacao, dont il est le premier producteur mondial.

C’est un peu moins de 5% du PIB du pays note un expert. C’est important mais pas encore déterminant pour la Côte d’Ivoire qui tire 15% de son PIB du cacao, dont il est le premier producteur mondial.

Sévérité des autorités

Certes avec les 16 tonnes d’or espérées, la Côte d’Ivoire restera encore très loin des 500.000 tonnes produites par la Chine, même si régulièrement de nouveaux sites sont découverts. Ainsi les spécialistes évoquent l’existence, près de Yamoussoukro, d’une mine à ciel ouvert dont les réserves sont évaluées à 200 tonnes.

Cette richesse minérale a contraint les autorités ivoiriennes à émettre une réglementation. Un code minier était indispensable pour tenter de mettre de l’ordre dans l’anarchie aurifère qui s’est emparée du pays. Le gouvernement a fermé 150 mines illégales creusées dans le nord et le centre du pays, où les chercheurs d’or se sont comptés par milliers. «L’or présente l’avantage d’être facilement convertible en argent liquide» souligne un spécialiste de la région pour justifier cette fièvre de l’or. Au-delà de l’illégalité du commerce une autre crainte dicte la sévérité des autorités. Des plantations de cacaoyers sont parfois détruites pour laisser la place à d’importantes saignées qui laissent parfois espérer des ressources plus rentables que le cacao.

 

Ivoire114l’Afrique Nouvelle.info avec Bensimon (le Monde)  et Charles Gautier (L’Économie)