JOURNEE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES : Qui est Simone EHIVET GBAGBO ?

Historienne, docteur 3e cycle en littérature orale, chercheur en linguistique appliquée et syndicaliste marxiste.

8 Mars, journée internationale de la Femme, le journal en ligne ivoire114lafriquenouvelle.info rien hommage à l’ex-première Dame Simone Ehivet GBAGBO à travers l’hommage elle rendu par le Gardien du temple feu ABOUDRAMANE SANGARE.

Historienne, docteur 3e cycle en littérature orale, chercheur en linguistique appliquée et syndicaliste marxiste.

Originaire de Moossou, Simone Ehivet est née à Bassam, d’un père gendarme et d’une mère femme au foyer. Moossou, c’est le peuple Abouré.

De Gagnoa à Moossou, le lien est tout trouvé. C’est la piste aux étoiles. Laurent et Simone, deux compagnons de galère, deux amis de toutes les luttes, des temps de braises, de la clandestinité, du bonheur des naissances, du lien juridiquement protégé. Laurent et Simone, deux personnalités inséparables dans la vie familiale comme dans la vie politique, unies dans une vieille complicité qui leur évite toute explication préalable, qui leur permet de se comprendre à demi-mot. Le cloisonnement ne peut se faire entre leur vie et leur combat, car le combat est leur vie et leur vie est un combat. Une vie politique qui ressemble à un drame shakespearien.

Programmés pour souffrir, le combat donc la souffrance rythme chaque étape de leur vie passionnante même si elle est parfois tragique et cruelle. La vie de Laurent Gbagbo et de Simone Ehivet n’est pas une saga du malheur, mais de l’incroyable qualité humaine à rebondir.

De par leur injuste incarcération et pour leur lutte pour un nouvel ordre de justice et de libertés, Laurent et Simone ont accédé au statut d’Etoile du nouvel éveil pour la dignité des peuples. Ils sont les icônes ˝de l’Afrique digne qui refuse de dormir sur la natte des autres˝ (Joseph Ki-Zerbo). Les noms de Laurent Gbagbo et de Simone Ehivet sont à jamais gravés dans la pierre de la renommée.

Mais l’hommage, tout comme le salut, est individuel. Ce qui nous contraint donc à dissocier le parcours de ce couple indissociable.

De Gagnoa à Moossou, au domicile de  Ehivet Gbagbo Simone. Le choix du domicile de Simone n’est pas un hasard. Le 4è Congrès ordinaire du FPI, à Moossou, au domicile de la Première Dame, est d’abord l’hommage rendu au peuple Abouré de façon générale et aux clans Assokopoué et Adjèkèpouè de façon particulière.

Simone Gbagbo est née de parents issus de deux clans très influents qui ont marqué le peuple Abouré par leur histoire, leurs symboles, leurs activités, leurs savoir-faire et les valeurs qu’ils incarnent.

Le père de Simone Gbagbo, feu  Ehivet  Ehivet  Jean, gendarme de son état, est descendant du clan Assokopouè et sa mère, feue Djaha Marie Marthe est issue du clan Adjèkèpouè.

Il convient de noter, que les Assokopouè et les Adjèkèpouè sont tous originaires du Ghana d’où ils sont venus pour s’installer dans la région du Sud Comoé à Bonoua, Assinie et Moossou. Les Assokopouè ou peuple nombreux en langue Abouré  ont pour symbole le chien, ami fidèle l’homme.

La légende raconte, en effet, que lors de leur exode du Ghana vers la Côte d’Ivoire, c’est un chien qui les a guidés et les a aidés à trouver de l’eau pour se désaltérer, à éviter les embuscades des ennemis et à traverser le fleuve en tenant du feu dans son museau. D’où l’aboiement du chien comme cri de ralliement.

Dans la tradition, les Assokopouè sont les détenteurs exclusifs du pouvoir militaire. Ce sont eux les pourvoyeurs des chefs des troupes guerrières ou Sarflan. Ils sont également chargés de la régence du royaume en cas de vacance du trône.

Au regard du rôle important qu’ils jouent tant au plan militaire qu’au plan politique, les Assokopouè forcent le respect de tous et sont incontournables dans la gestion des affaires du royaume. Le clan Samandjè au sein duquel sont choisis les rois le sait très bien, le peuple également.

Tous savent si bien l’importance du rôle des Assokopouè qu’il existe dans le royaume, une boutade bien célèbre qui dit : ˝les Samandjè ont la tête du royaume et les Assokopouè ont le pied du royaume.˝.

Les Assokopouè ont pour symboles : la calebasse, le raphia, le palmier et le cocotier.

 La calebasse, parce que à l’image de la calebasse qui refait surface quelle que soit la profondeur de l’eau et ne se noie jamais, les Adjèkèpouè, quelles que soient les tribulations qu’ils subissent, ne se laissent jamais abattre, ne s’avouent jamais vaincus et sortent toujours victorieux de l’épreuve.

Les symboles du raphia, du palmier et du cocotier s’expliquent par le fait que les Assokopouè ont été les premiers à bâtir une habitation en se servant des palmes du raphia, du palmier et du cocotier. La parfaite maitrise de la technique de construction d’habitations avec des matériaux tirés des symboles cités plus haut, a placé les Assokopouè au-dessus des autres clans ; d’où leur cri de ralliement holala comme pour dire, nous sommes vos supérieurs.

Il est important de souligner qu’en plus d’être des bâtisseurs d’habitations au service de toute la communauté, les Assokopouè ont été de grands résistants à la pénétration française.

La figure de proue de cette résistance fut Kadjo Amangoua Botojra dont l’histoire se confond avec celle de Bonoua.

Né probablement vers 1825 à Bonoua et 3ème fils de KadjoKomou et de Dame Anghété, membre de la 3ème promotion des «Noudjoupouê du pays Abouré Ehivet Kadjo  Amangoua, fut «un meneur d’hommes, un fin stratège dont la valeur guerrière est attestée par les nombreux surnoms qu’on lui donnait, à cause de sa bravoure : AmangouaDjra (Amangoua le lion) ; Amangoua M’Pou (Amangoua qui sort toujours victorieux, celui qui vainc toujours l’ennemi) ;Amangoua Totossi (qui intimide, qui prend toujours de l’ascendant sur l’autre)», relate le professeur Christophe Wondji qui a travaillé sur les résistants à la pénétration coloniale en Côte d’Ivoire, cité par le Président Laurent Gbagbo à l’occasion de la cérémonie d’hommage au résistant abouré, le 22 octobre 2005 à Bonoua.

«Forte personnalité et redoutable guerrier, Kadjo Amangoua était aussi un grand commerçant et un stratège politique. Il usa de son influence prépondérante sur les classes d’âge et leur fonctionnement pour trancher, dans les années 1885-1890, un grave conflit entre deux quartiers de Bonoua, Koumassi et Bégnini.

Il résistera longtemps et farouchement à la pénétration du colonisateur français dans sa région jusqu’à sa déportation en 1896 au Gabon, où il finira sa vie un certain 16 octobre 1906.»

 

 

(Extrait du discours testamentaire de Feu Abdourahamane SANGARE au 4ème congrès ordinaire dont le thème est : le FPI face aux défis de la reconquête du pouvoir d’État)