Désinformer au lieu d’informer : Quand la presse française s’enferre dans le cynisme en poursuivant une cabale impérialiste contre Laurent Gbagbo ! Par Dr Claude Koudou

Désinformer au lieu d’informer : Quand la presse française s’enferre dans le cynisme en poursuivant une cabale impérialiste contre Laurent Gbagbo ! Par Dr Claude Koudou

C’est une réaction qui répond à l’article du journal français « L’Express », publié, hier mardi 13 avril 2021 à 7h30 par Charlotte Lalanne. Le titre est :

“Côte d’Ivoire : le retour de Laurent Gbagbo, le “boulanger d’Abidjan”. Notre présente publication vise deux objectifs : C’est d’abord une réaction à une publication qui propage des propos volontairement malveillants et ensuite d’interpeller cette conscience ivoirienne qui baisse la garde devant la nouvelle, bien que enthousiasmante du retour de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé dans leur pays.

Une campagne larvée anti-Gbagbo malgré son acquittement.

Dans le deuxième paragraphe de l’article évoqué, il est écrit : ” Ses plus fervents partisans rêvent d’un destin à la Nelson Mandela, revenu en homme providentiel à la tête de l’Afrique du Sud après avoir été emprisonné de longues années. Laurent Gbagbo, lui, avait déjà connu le pouvoir avant de se retrouver derrière les barreaux pour avoir refusé de céder son siège présidentiel à son adversaire, Alassane Ouattara (“ADO”), au terme de l’élection de 2010. Incarcéré huit ans au pénitencier de la Cour pénale internationale à La Haye (Pays-Bas), l’ex-président ivoirien, accusé de crimes contre l’humanité dans la crise post-électorale qui a fait 3000 morts, vient d’être acquitté en appel…” 

L’antienne qui consiste à installer et à ancrer dans le mental de l’opinion obéit à une logique.

Il s’agit de faire admettre coûte que coûte que « Laurent Gbagbo s’est retrouvé derrière les barreaux pour avoir refusé de céder son siège présidentiel à son adversaire, Alassane Ouattara (“ADO”),… »[1] La question qu’on est en droit de se poser et que les barbouzes veulent absolument éluder est « qui a gagné les élections de 2010 ? ». En tout état de cause, l’intrusion et l’ingérence éhontées d’une élite gaullienne dont une partie puise son socle de pensées dans les idées de Jules Ferry, doivent être combattues avec toute la détermination que cela requiert. Il y a en effet cette fâcheuse façon de la presse française à construire un prisme sous lequel elle voudrait que le monde soit vu ; mais particulièrement, elle voudrait imposer un angle sous lequel l’Afrique doit être vue.

Il faut rappeler que la réalité en 2010 en Côte d’Ivoire était d’organiser une élection présidentielle crédible, après dix années de crise, en vue de ramener la paix et de restaurer une vie dans la quiétude des Ivoiriens. Par ailleurs, en occultant volontairement les effets de la tentative de coup d’Etat du 19 septembre 2002 qui viendrait motiver une révolte en faveur du port du «boubou » d’une part, alors que ce coup de force interrompait ainsi le cours de la démocratie et de l’autre, la scandaleuse cabale qui voudrait instiller dans le mental collectif qu’une élection présidentielle consiste « à céder son siège présidentiel » quel que soit le résultat, nonobstant le vote des Ivoiriens, il y a là un cynisme éhonté et une arrogance qui puisent là aussi dans une haine primaire et un relent impérialisme intarissable contre un homme indocile qui est un leader africain atypique.

Lorsque nous lisons : “Côte d’Ivoire : le retour de Laurent Gbagbo, le “boulanger d’Abidjan” ; A supposer que le terme « boulanger » soit ressenti comme en France et alors dans ce cas, pris comme un compliment, il faudra tout de même interpeller cette presse hexagonale sur son idéologie à rester collée à la « Françafrique » là où des peuples aspirent naturellement à vivre dans la quiétude tout comme les citoyens occidentaux. En son temps, il nous était déjà arrivé à répondre à un article du journal « La Croix » qui excelle aussi dans cette propagande de dénigrement et de diabolisation, se mettant ainsi en marge de la déontologie conforme au devoir d’informer, en relatant les faits, au lieu de désinformer en déformant avec des conjectures tendances.

Des recherches sur « Wikipédia » nous ont permis de relever des aspects de la communication sur Laurent Gbagbo : « Laurent Gbagbo met en œuvre une politique dont l’objectif affiché est de permettre l’enrichissement de l’ensemble des Ivoiriens, et pas seulement certaines catégories aisées, très minoritaires[1][…] Il souhaite en outre tourner la page de la croissance sans développement, caractéristique de l’ère de Félix Houphouët-Boigny. Cette politique, dite de « refondation », est fortement teintée de socialisme, de nationalisme identitaire et d’anticolonialisme, particulièrement à l’égard de la France. […]

Les universités publiques ivoiriennes deviennent rapidement le lieu de violences et d’exactions, en particulier de la part de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire, devenue une milice au service du pouvoir en place avec à sa tête Charles Blé Goudé. Ce dernier encouragea des pratiques violentes17, voire meurtrières tels que l’officieux « article 125 »[…]

Les liens entre Laurent Gbagbo et le député français François Loncle, notamment lorsqu’il était président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, ont permis d’occulter une partie de ces pratiques de corruption» »

Notre analyse est qu’il y a là des propos ou idées reçus à controverse, que des supports de la presse française tentent insidieusement de valider, de créditer ou d’officialiser.

Attentisme, angélisme, naïveté et une euphorie légitime doivent être interrogés dans la construction d’une « Nouvelle Côte d’Ivoire »

Les Ivoiriens et leurs amis démocrates hument l’air soporifique conditionné par des supports-médias dominants. Cette anesthésie procède d’une stratégie de faire oublier plus d’une vingtaine d’années de méchancetés et d’atrocités d’abord suggérées, montées et soutenues par ce qu’il est convenu d’appeler les « médias-mensonges ».

Les Ivoiriens ont de l’humour. C’est une richesse qui a beaucoup aidé à traverser des moments très douloureux. Mais les Ivoiriens ne doivent pas baisser la garde. En fait, cette façon naïve de penser qu’il ne faut pas répondre et que vérité et faits s’imposeront, présente de grandes limites qu’il nous a été donné d’expérimenter. Certes, toute quête de liberté a un coût.

Mais il est maintenant temps de mettre fin aux erreurs et errements évitables – qui sont encore dans la répétition -, aux approximations, à l’improvisation et à cette fâcheuse inclination à vouloir toujours ne se comporter qu’en simples supporters qui n’ont plus leur libre arbitre. Il est vrai que le paysage politique se nourrit d’élans partisans mais pas que. Il faudrait sinon expliquer comment des faits et des actes de gouvernance pourront être connus et relayés s’il n’y a pas une véritable stratégie et un plan de communication visant à asseoir une philosophie et à la faire partager.

Au total, la double mission qui incombe aux Ivoiriens et à leurs amis démocrates consiste d’une part à intégrer que pour la construction d’une « Nouvelle Côte d’Ivoire », il faut nécessairement déconstruire le mythe entretenu vilement par une presse occidentale condescendante et malhonnêtement arrogante et de l’autre, à tirer toutes les leçons de cette longue crise pour laquelle une certaine élite ivoirienne devrait aussi assumer toute sa part de responsabilité.

Il va sans dire que la coterie, la couardise, le conservatisme, la rétorsion plus ou moins systématique et des positions contre des idées novatrices et des initiatives prospectives vont naturellement à l’encontre de la modernisation de l’espace publique et partant du développement d’un pays.

On ne pourrait plus s’accommoder de pratiques dépassées et archaïques sous le sceau d’une pensée établie.

Il est important que les Ivoiriens intègrent les ressorts de la mondialisation et en tiennent compte. La facilité à s’autosatisfaire et la tendance à être rétif à des contradictions ou à tout ce qui vient nuancer les croyances d’un « ordre convenu » ne peuvent pas s’inscrire dans une démarche méthodique, qui est nécessairement un pilier de la renaissance ivoirienne.

En définitive, la construction d’une « Nouvelle Côte d’Ivoire » doit s’inscrire dans l’intégration d’un nouveau paradigme et ne doit pas donner un blanc-seing à des censeurs qui se complaisent dans la paresse intellectuelle.

 

 

 

Par Claude KOUDOU avec Ivoire114l’Afriquenouvelle.info