Départ de Barkhane et Takuba du Mali: « une nouvelle stratégie diplomatique offensive est cruciale » – Ivoire114l'AfriqueNouvelle

Départ de Barkhane et Takuba du Mali: « une nouvelle stratégie diplomatique offensive est cruciale »

L’Hexagone importe près de 8.000 tonnes d’uranium naturel, dont 32% viennent du Niger,pour alimenter son parc de 58 réacteurs nucléaires.

« Une nouvelle stratégie diplomatique offensive commune entre certains pays de la région [de l’Afrique du Nord et de l’Ouest et du Sahel, ndlr], aussi bien sur le plan politique qu’économique et militaro-sécuritaire est cruciale », affirme à Sputnik M.Soufi, chercheur en géopolitique. Il analyse ainsi le départ des armées européennes du Mali.

Après près de sept mois de bras de fer avec les autorités maliennes de transition, le France, le Canada et leurs partenaires européens, au sein de l’opération Barkhane et de la Task Force Takuba, ont annoncé officiellement le retrait de leurs forces armées du Mali.

Paris et ses partenaires souhaitent toutefois « rester engagés dans la région » sahélienne et « étendre leur soutien aux pays voisins du golfe de Guinée et d’Afrique de l’Ouest » pour contenir la menace djihadiste.
Le Sahel et le golfe de Guinée sont des « priorités de la stratégie d’expansion » des organisations djihadistes Al-Qaïda* et Daech*, a souligné Emmanuel Macron.
Pourquoi le redéploiement de ces forces vers le golfe de Guinée et l’Afrique de l’Ouest? Que doivent faire le Mali, l’Algérie, la Mauritanie pour sécuriser leurs frontières?
 
Que peuvent-ils faire pour développer une économie régionale intégrée? Comment peuvent-ils se coordonner avec la Russie, la Chine et l’Iran en vue d’atteindre cet objectif? Une coopération avec certains pays européens est-elle également nécessaire?
 
Pour répondre à ces questions, Sputnik a sollicité Abdelkader Soufi, expert et enseignant-chercheur dans les questions géopolitiques et politiques de Défense. Pour lui, « le redéploiement de ces forces militaires françaises et européennes vers les pays de l’Afrique de l’Ouest, notamment le Sénégal, et du golfe de Guinée obéit à une logique d’intérêts géostratégiques, sous couvert de lutte contre les organisations djihadistes.
 
Ceci, dans un contexte de concurrence avec les intérêts américains, dont l’offensive menée depuis des mois par le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (Africom) est le porte-drapeau. Il y a également la présence militaire de plus en plus appuyée de la Russie, les investissements massifs chinois et enfin l’arrivée de l’Iran dans la région ».
 

« Souveraineté énergétique et métaux stratégiques »?

« L’objectif géostratégique de la présence militaire, notamment en termes de forces spéciales, des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni dans cette région hautement sensible est de sécuriser la voie maritime d’approvisionnement en hydrocarbures et en métaux stratégiques en provenance d’Afrique équatoriale et de l’Ouest, et de la région du Sahel, qui passe par le golfe de Guinée », affirme M.Soufi.

Et d’expliquer que « la France, tout comme le Royaume-Uni et l’Europe, sont vulnérables face aux flux maritimes, ce qui place les côtes ouest-africaines, en particulier celles du golfe de Guinée, au cœur de leur sécurité économique, de leur souveraineté énergétique et des approvisionnements en métaux stratégiques pour les industries de hautes technologies de défense, de l’aérospatial et d’électronique.
Dans l’actuel bras de fer entre Washington et ses alliés notamment au sein de l’Otan d’un côté, et l’axe eurasiatique Pékin-Moscou-Téhéran de l’autre, la voie maritime hautement stratégique traversant le détroit de Bab el-Mandeb, sur le golfe d’Aden, qui relie la mer Méditerranée orientale à l’océan Indien via la mer Rouge et le canal de Suez, devient très problématique pour les Occidentaux. En effet, toute crise majeure sur cette trajectoire aura inéluctablement un impact gravissime sur l’économie française et européenne en général. C’est pour cette raison que les ressources de l’Afrique sont devenues un enjeu majeur pour toute ces puissances! ».
 
Dans le même sens, il souligne que « les États-Unis et le Royaume-Uni, qui cherchent à sécuriser leurs approvisionnements également, outre ceux en provenance des pays du Golfe -dont le détroit d’Ormuz est un passage obligé, au large des côtes iraniennes-, voient dans les ressources africaines et les voies maritimes de leur acheminement -notamment via les ports se trouvant sur le golfe de Guinée- un enjeu stratégique majeur ».