Guerre en Ukraine : Bientôt une attaque nucléaire ou une fin de conflit ? Un expert a répondu à toutes vos questions – Ivoire114l'AfriqueNouvelle

Guerre en Ukraine : Bientôt une attaque nucléaire ou une fin de conflit ? Un expert a répondu à toutes vos questions

QUESTIONS-REPONSE – Cyrille Bret, chercheur associé à l’institut Jacques-Delors et professeur à Sciences Po a répondu en direct à vos interrogations sur le conflit en Ukraine

© Aris Messinis / AFP Un militaire ukrainien se tient à un point de contrôle dans le village de Velyka Dymerka à l’est de Kiev, le 9 mars 2022.

Quelles sont les origines de la guerre en Ukraine ? Vladimir Poutine est-il l’homme à abattre ? Comment arrêter le conflit ? Va-t-on nous aussi être attaqués ? La guerre qui se déroule en Ukraine est complexe et soulève de nombreuses questions. D’ailleurs vous en aviez beaucoup mercredi soir à l’adresse de Cyrille Bret que 20 Minutes a reçu en  live sur Instagram en sa qualité d’expert sur les questions européennes et sur le conflit entre la Russie et l’Ukraine.

Pour ceux qui auraient loupé le rendez-vous, en voici un résumé.

Petit rappel des origines de ce conflit

Il y a d’abord des sources très profondes et affectives à cette guerre. Cela fait 400 ans que l’Ukraine fait partie de l’Empire tsariste, puis de l’empire soviétique. « Le pouvoir russe considère qu’il n’existe pas de peuple ukrainien autonome spécifique, a rappelé le chercheur à l’institut Jacques-Delors. C’est cette aberration, selon Moscou, d’une Ukraine indépendante de la Russie qu’il s’agit de rectifier. »

La seconde raison est diplomatique. Il y a trois mois, la Russie a lancé un ultimatum aux Occidentaux en demandant des garanties sur la non-extension de l’Otan à l’Ukraine. « Comme les Américains et les Européens ne l’ont pas donné, cela a été le motif fondamental et stratégique pour lancer ces opérations militaires », a encore souligné Cyrille Bret.

A cela enfin, s’est ajoutée une justification par le président russe, à savoir la nécessité de « dénazifier » le gouvernement ukrainien et d’empêcher un génocide. Un motif « fantaisiste », selon le professeur à Science Po qui a rappelé « qu’aucun des observateurs internationaux indépendants présents dans le Donbass n’a pointé un génocide de la part du gouvernement ukrainien contre la communauté russophone ».

L’expert, concède toutefois qu’il y a bien des morts dans cette région en guerre depuis huit ans : des militaires des deux camps et des civils.

Et les accords internationaux dans tout ça ?

Dans ce conflit, on a beaucoup parlé des accords de Minsk, signés dans la ville Biélorusse en 2014. Il s’agit du seul accord de cessez-le-feu entre le gouvernement de Kiev et les séparatistes de l’Est de l’Ukraine, qui soient à la fois garanti par la Russie, par les Européens et par les Etats-Unis. Des accords, fait de sortes de « trocs », a détaillé Cyrille Bret. « En échange d’un certain degré d’autonomie politique et administratif pour cette région, la Russie promettait de faire pression sur les séparatistes pour qu’ils renoncent à la lutte armée. »

Autre accord de taille : la résolution de l’ONU signée le 3 mars exigeant le retrait des forces russes de l’Ukraine. « Elle n’a pas d’impact sur le terrain », a reconnu Cyrille Bret. Elle n’en demeure pas moins importante, car elle « condamne ouvertement la Russie et rend l’invasion illégale ». Selon l’expert, la répétition des condamnations de l’ONU nuira à la Russie dans d’autres organisations telles que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou la FAO (l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture).

Bientôt une Troisième Guerre mondiale nucléaire ?

Pour que le conflit devienne mondial, il faudrait que l’Union européenne et les Etats-Unis entrent officiellement en guerre contre la Russie. « Ce n’est pas le cas et c’est pour ça que toutes les précautions sont prises sur les envois d’armes en Ukraine », a précisé Cyrille Bret. Pour autant, le risque d’expansion du conflit n’est pas à écarter. « Il y a toujours un effet de contagion dans les guerres. » Selon lui, le débordement pourrait commencer en Moldavie, au sud de l’Ukraine.

Un petit pays, avec une petite armée, qui n’appartient ni à l’Otan, ni à l’UE « et qui a sur son territoire une poche séparatiste assez comparable à celle du Donbass ».

Il existe trois risques d’incidents nucléaires dans cette guerre, selon Cyrille Bret. « Il y a d’abord les risques de fuite ou d’accident dans les centrales. Il peut ensuite y avoir une utilisation du nucléaire balistique qui frapperait de grandes capitales européennes. » Mais ces deux risques ne sont pas forcément les plus probables, selon le chercheur. Pour lui, la Russie pourrait en revanche décider d’utiliser « de petites bombes nucléaires » sur les champs de bataille. Une utilisation « tactique de l’arme nucléaire », que Moscou n’a jamais exclue.

Cyrille Bret a admis que l’on avait raison d’être inquiet, car les menaces nucléaires qui pèsent sur l’Ukraine et les Européens « sont explicites ». « On n’est qu’au début de la guerre, on a franchi des premiers jalons. Il en reste beaucoup d’autres avant l’application de cette menace », a-t-il cependant souligné.

Vladimir Poutine, le pivot de toute cette guerre ?

Avec ses déclarations chocs et son « usage complètement décomplexé de tous les leviers de puissance », le président russe inquiète. « Les spéculations sur la personnalité de Vladimir Poutine, son isolement, son irrationalité ont leur place, mais ce n’est pas seulement une question de personne », pour Cyrille Bret.

En effet, beaucoup de Russes, qui ne sont pas des fanatiques, considèrent que l’Ukraine fait partie de la Russie et que l’Otan n’a rien à faire de la frontière de la Russie. « Il ne faut pas croire que c’est un délire d’homme isolé. Une large partie de l’opinion russe approuve ou du moins comprend pourquoi on en est arrivé là. »

Peut-on arrêter cette guerre ?

« L’asphyxie économique, c’est le pari qu’on fait les Européens en prenant un train de sanctions absolument extraordinaire et historique contre la Russie », a assuré notre expert, rappelant que ces sanctions seront immédiatement levées en cas d’arrêt du conflit.

Presque tous commerces et échanges commerciaux avec la Russie sont aujourd’hui interdits par les grandes puissances économiques du monde. « C’est la résistance, la détermination et la solidarité des Européens entre eux et avec les Ukrainiens qui peuvent amener les troupes russes à arrêter leurs opérations », a ajouté Cyrille Bret.

Mais les sanctions économiques ont leurs limites. « Ce qui me rend pessimiste, c’est que quand on a déclenché une opération militaire d’envergure à l’échelle de tout un pays, qu’on a subi les pires sanctions économiques, diplomatiques, symboliques, sportives, culturelles dont on ait entendu parler depuis la fin de la guerre froide, on veut aller jusqu’au bout. » Si l’on n’arrête pas des chars avec des sanctions, c’est donc « la résistance des forces armées et de la société civile ukrainienne qui sont les premiers remparts contre les opérations militaires russes ».

20 Minutes Marie De Fournas