Pourquoi Alassane Dramane Ouattara ne remettra pas Blaise Compaoré à la justice burkinabè ? – Ivoire114l'AfriqueNouvelle

Pourquoi Alassane Dramane Ouattara ne remettra pas Blaise Compaoré à la justice burkinabè ?

Pourquoi Alassane Dramane Ouattara ne remettra pas Blaise Compaoré à la justice burkinabè ?

INTRODUCTION

Le mercredi 6 avril 2022 dernier, l’ancien président du Burkina Faso (du 15 octobre 1987 au 31 octobre 2014), Blaise COMPAORÉ a été reconnu coupable d’avoir commandité le meurtre de son prédécesseur (le capitaine Isidore Thomas SANKARA ), tué lors du coup d’État le 15 octobre 1987.

Blaise Compaoré qui est réfugié en Côte d’Ivoire, depuis le 31 octobre 2014, a été condamné par contumace à la prison à perpétuité ainsi que DIENDÉRÉ, d’autres personnes dont le commandant de sa garde au moment des faits, Hyacinthe KAFANDO , lui également en fuite depuis 2016 (il serait également en Côte d’Ivoire).

Normalement, Blaise COMPAORÉ devrait être livré à la justice burkinabè par l’État de Côte d’Ivoire. Mais il n’en serait pas ainsi car le Chef de l’état actuel de la Côte d’Ivoire, M. Alassane Dramane OUATTARA (ADO) a ses propres raisons dont nous en invoquerons quelques unes.

1. SECRET OU DEAL ?

Lorsque le capitaine Thomas SANKARA accédait au pouvoir le 4 août 1984, nous pouvons affirmer que M. Alassane Dramane OUATTARA connaissait bien M. Blaise COMPAORÉ. L’on peut même aller plus loin pour dire qu’ils (Blaise COMPAORÉ et Alassane Dramane OUATTARA) se connaissaient).

En effet, d’une part, M .Blaise COMPAORÉ était le compagnon d’armes de Thomas SANKARA (Compaoré et SANKARA étaient tous les deux capitaines) et c’ est M. COMPAORÉ qui conduisit la garnison militaire de Pô qui libéra Thomas SANKARA en résidence surveillée. D’autre part, M. Alassane Dramane OUATTARA était un citoyen voltaïque, nommé au poste de vice-président de la BCEAO pour le compte de la Haute Volta (aujourd’hui Burkina Faso) comme l’avait indiqué le magazine Jeune Afrique N°1231 du 8 août 1984,à la page 21, annonçant son départ du FMI.

Vu que M. Blaise COMPAORÉ était le numéro 2 du régime du capitaine Thomas SANKARA, il va s’en dire que le départ au FMI, le 1er novembre 1984, devrait nécessairement recueillir l’aval du pouvoir.
Certes, lorsque le 15 octobre 1987, le président Thomas SANKARA s’est fait assassiné, M. Alassane Dramane OUATTARA était au FMI, cependant nous savons que le président Félix HOUPHOUËT-BOIGNY est soupçonné dans ce drame.

Mieux, lorsque M Alassane Dramane OUATTARA revient en octobre 1988, c’est-à-dire 1 an après l’assassinat du président Thomas SANKARA, il devient le président de la BCEAO, poste qui est toujours occupé par un cadre ivoirien. C’est pourquoi, dans mon livre CES AFRICAINS ENNEMIS DES AFRICAINS [1], j’ai consacré un chapitre intitulé « LES ÉTRANGES COÏNCIDENCES ENTRE LA MISSION D’ADO ET LA FIN TRAGIQUE DE SANKARA.

M. Alassane Dramane OUATTARA fut-il nommé parce qu’il connaissait le secret de l’implication de Blaise COMPAORÉ ou parce qu’il était informé voire impliqué dans l’assassinat de SANKARA ?

2. ADO AU POUVOIR EN CÔTE D’IVOIRE GRÂCE À BLAISE COMPAORÉ

Le président Laurent GBAGBO élu, à peine le 22 octobre 2000, que Blaise COMPAORÉ, président du Burkina Faso forma et hébergea une rébellion armée. Ce qui est pourtant interdit par les textes de la CEDEAO. Ces rebelles, aux dire d’un des leurs, M. KONÉ Zakaria (nommé au grade de Lieutenant-colonel par M. Alassane Dramane OUATTARA) étaient financés par M. Alassane Dramane OUATTARA. [2]

Et dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, ces rebelles attaquèrent la Côte d’Ivoire, pendant que le président GBAGBO était en visite officielle à Rome. Ayant échoué, cette rébellion sera reconnue par la CEDEAO, grâce au cessez-le-feu signé unilatéralement, le 17 octobre 2002 par l’ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal, M. Cheikh Tidiane GADIO (du gouvernement du président Abdoulaye WADE, président en exercice de la CEDEAO à cette époque) avec le rebelle Tuo FOZIÉ.

La France organisa, ensuite, une rencontre sur son territoire, à Marcoussis du 15 au 26 janvier 2003 et qui va se solder par les fameux accords de Linas-Marcoussis » auréolés de la présence du secrétaire général de l’ONU d’alors M. Koffi ANNAN. Ainsi, la rébellion venait d’être légitimer. Le représentant français qui présidait cette rencontre désigna cette rébellion du nom de « Forces Nouvelles ».

Blaise COMPAORÉ pouvait ainsi agir légitimement en achetant des armes pour la rébellion et surtout, en leur donnant des soldats et des instructeurs. Le général Isidore DIDA, qui dirigea la transition après la chute de COMPAORÉ, en fit partie. Il eut également les généraux DIENDÉRÉ, BASSOLÉ,.. . Et bien évidemment, pendant le coup d’État du 11 avril 2011, Blaise COMPAORÉ sera totalement impliqué.

Il a envoyé des troupes combattre aux côtés de la rébellion ivoirienne. Par la suite, les hommes de Blaise COMPAORÉ participèrent à la « pacification » de la Côte d’Ivoire.

Cela a occasionné le génocide des Wê (comprend les Guéré et les Wobè, des populations de l’ouest de la Côte d’Ivoire) , par le massacre, en une seule journée de 816 personnes . Ce génocide a été mis sous le compte du Burkinabé Amadé Ourémi, condamné le 15 avril 2021. [3]

3. RECONNAISSANCE ET SOLIDARITÉ FRANÇAFRICAINE.

Chassé du pouvoir par une révolution populaire le 31 octobre 2014, M. Blaise COMPAORÉ put fuir grâce à l’hélicoptère que le président français de l’époque François Hollande lui a fait parvenir. Ainsi, lui, sa famille et des personnes de son entourage furent accueillis en Côte d’Ivoire.

Mais le 17 novembre 2014, soit seulement deux semaines après son arrivée en Côte d’Ivoire, M. Alassane Dramane OUATTARA signa un décret de naturalisation (décret N°2014-701) de l’ancien président Blaise COMPAORÉ et de son petit frère François COMPAORÉ [4].

Cette naturalisation viole la Loi N°61-415 du 14 décembre 1962, notamment les articles 12, 26,et 28. Commençons par l’Article 12 nouveau (Loi N°2004-662 du 17/12/2004). Il dispose ainsi : Conformément aux dispositions des articles 13,14 et 40, la femme de nationalité étrangère qui a épousé un IVOIRIEN acquiert la nationalité ivoirienne si elle en fait solennellement l’option au moment de la célébration du mariage . Les mêmes dispositions s’appliquent à l’homme de nationalité étrangère qui épouse une ivoirienne .

M. Blaise Compaoré est certes marié à une ivoirienne: Mme Chantal Compaoré , né Chantal Terrasson de Fougères mais, l’on sait que c’est le 29 juin 1985 qu’ils se sont mariés. Est-ce qu’en ce moment, M. Blaise Compaoré a-t-il fait l’option de la nationalité ivoirienne ? Non.

Sinon primo parce qu’il ne pouvait pas être président de la République du Burkina Faso, conformément à la l’article 38 de la constitution du 2 juin 1991 qui dispose:  » Tout candidat aux fonctions de président du Faso doit être Burkinabé de naissance et né de parents eux-mêmes Burkinabé, être âgé de trente cinq ans révolus à la date du dépôt de candidature et réunir les conditions requises par la loi.

Secundo, M. Alassane Dramane OUATTARA n’aurait pas pris de décret pour le naturaliser.

Et quand est-il du cas de son frère François COMPAORÉ qui n’est marié à aucune ivoirienne?
Pensant pouvoir contourner cette violation de la loi, c’est le 18 janvier 2018 que le décret est publié au Journal officiel. Même là encore, il y a problème. D’abord, au vu de l’article 26, M. Blaise COMPAORÉ et son petit frère doivent résider 5 ans en Côte d’Ivoire. Ce qui n’est pas le cas.

Article 26: Sous réserve des exceptions prévues aux articles 27 et 28, la naturalisation ne peut être accordée qu’à l’étranger justifiant de sa résidence habituelle en Côte d’Ivoire pendant les cinq années qui précèdent le dépôt de sa demande .

D’autre part, l’article 27, alinéa 2, dispose que cela peut se faire pour toute personne qui aurait rendu des services à l’État de Côte d’Ivoire. Or, rien de tout cela, à part la rébellion et l’accession de M. Alassane Dramane OUATTARA au pouvoir. Pour M. François COMPAORÉ, rien du tout.

Article 27 nouveau (Loi N°2004-662 du 17/12/2004).

Le stage visé à l’article 26 est réduit à deux ans :

1.pour l’étranger né en Côte d’Ivoire,

 2. pour celui qui a rendu des services importants à la Côte d’Ivoire, tel que l’apport de talents artistiques, scientifiques, littéraires ou sportifs distingués, l’introduction d’industries ou        d’inventions utiles .                  

CONCLUSION

Après plus de trente ans de batailles juridiques, la justice Burkinabé a finalement condamné à la perpétuité l’ancien président Blaise COMPAORÉ et ses acolytes locaux. Nous savons pertinemment que cet assassinat a impliqué des personnes extérieures au Burkina Faso. Et il serait judicieux que d’autres personnes puissent être convoquées et que la France permette le déclassement des archives.

Il faut également que M. Blaise COMPAORÉ soit rendu à la justice de son pays. Pourquoi M. Alassane Dramane OUATTARA refuse-t-il de le faire ? A-t-il des choses à cacher dans la mort de ce digne fils AFRICAIN, Thomas SANKARA ?

L’HISTOIRE EST LE TRIBUNAL DES PEUPLES.

Fait le 9/04/2022

Tapé GROUBERA, Président du Mouvement pour la Renaissance de l’Afrique (moraf)
Auteur du livre CES AFRICAINS ENNEMIS DES AFRICAINS.
Mail :moraf.afrique@gmail.com.

RÉFÉRENCES.

[1] Tapé GROUBERA, CES AFRICAINS ENNEMIS DES AFRICAINS, Mary Bro Foundation Publishing, mai 2020, 207 pages.

[2] https://youtu.be/XQiFp6qx6_E

[3] https://www.google.com/amp/s/amp.france24.com/fr/%25C3%25A9missions/journal-de-l-afrique/20210415-amad%25C3%25A9-ou%25C3%25A9r%25C3%25A9mi-ancien-chef-de-guerre-ivoirien-a-%25C3%25A9t%25C3%25A9-condamn%25C3%25A9-%25C3%25A0-la-prison-%25C3%25A0-perp%25C3%25A9tuit%25C3%25A9.
[4] https://www.jeuneafrique.com/304893/politique/burkina-nationalite-ivoirienne-de-blaise-compaore-debat/